un jour j'ai quitté mon pays
j'étais encore jeune
mais j'avais déjà emmagasiné
tellement de violence et d'horreurs
je n'ai pas dormi cette dernière nuit!

Il n'y avait plus rien dans la maison
que quelques tapis sur lesquels
nous étions allongés
dans l'espoir de prendre
un ultime repos avant de tout quitter.

Je n'ai pas fermé l'oeil de la nuit, je serrais contre moi mon sac bleu et blanc, dans lequel j'avais enfermé la seule poupée que je conservais avec quelques trésors: des berlons (grosses billes et agathes), un petit gadget de prestidigitation qui permettait de faire disparaître puis apparaître une boule, des mouchoirs brodés, un semainier en argent, une main de fatma en filigranne, mon agenda, mon porte-monnaie en cuir bleu, avec des centimes et des francs.
La lumière filtrait par les persiennes, je me suis assise sur une chaise pour attendre le petit jour.

Nous sommes partis à pied au petit matin chez mes grands-parents pour boire le café et manger les croissants, et leur dire au revoir! Je frissonnais, nous courrions presque.
Lorsque l'avion a décollé, je me suis collée au hublot pour voir ma ville une dernière fois, la cité blanche, la baie et le port, puis la Méditerranée, puis les nuages, le ciel et ses nuages!

C'est beau la terre vue du ciel, elle est d'abord marron, puis lorsqu'on s'approche on distingue les zones de végétation et les zones urbaines, c'est fascinant.
Pour moi c'était fascinant, mes parents se serraient l'un contre l'autre et disaient: "c'est fini, nous ne reviendrons jamais, c'est derrière nous, il ne faudra plus y penser! il faut tourner définitivement la page"

 

Je pleure toutes les larmes de mon corps cette nuit en écrivant celà! et je n'ai pas davantage envie de dormir qu'à l'époque!
Voilà le "pourquoi", la racine de mes insomnies depuis (non pas le "comment"!)