Cette nuit, j'ai appelé la mort, je me disais que la mort me serait plus douce que ce que je vivais. Et puis j'ai poursuivi, j'ai même travaillé avec ardeur pour répondre à une demande qui m'était faite et qu'il me fallait traiter immédiatement.
Cet après-midi lorsque je me suis enfin couchée pour dormir, dormir! enfin!
Alors que ma tête et mon corps allaient exploser ou imploser sous la douleur et la pression et l'oppression (il y a encore des pressions exercées sur moi et mon mari actuellement, les luttes ne seront jamais closes! malgré toutes les victoires récentes, malgré tous les progrès, et comme si ça ne suffisait pas, mon oeil droit qui me lâche sans crier gare! comme si je n'avais que ça à faire et à gérer!)
bref, je ne m'ennuie jamais, les sollicitations de tout poils ne me manquent guère comme les défis à relever, les obstacles à surmonter!

Dormir, oui je dormais donc, comme une souche, alors j'ai vécu ceci: on m'a averti "une personne va venir te chercher, si c'est "untel" tu sauras que ton heure est venue, si ce n'est pas lui, alors c'est que tu continuera à vivre." Je ne me sentais pas particulièrement fatiguée, ni souffrante, il me semblait que finalement, j'aurais pu traverser de nombreuses années encore aux côtés de mon mari. Mon mari justement qu'allait-il lui advenir? Saurait-il tirer partie de tout ce que j'ai laissé dans mes archives informatiques!oui, saurait-il? et puis son chagrin si je partais déjà, si tôt (on part toujours trop tôt!).
Mes enfants? non, Luke et Maider sont déjà partis, ils me précèdent, Kaddur aussi, le premier, il y a tant d'années! Mes enfants sont devant moi et non en arrière!
Ara? Ara n'a pas besoin de moi, elle m'a "inventée" et recréée telle que je ne suis surtout pas, une mutante dont elle peut se démarquer et se détacher facilement. Elle s'est séparée en effet ou elle croit l'avoir fait, et momentanément, c'est le même résultat, je vis dans ce "moment", dans cette actualité précisément.
Zorion? il a disparu sans retour depuis trop longtemps!

Mes vieux parents et mon mari voilà qui me préoccupe, et quelques ami (s) sur le net.

Alors, alors.
Il est venu, je gardais ma couverture sur les yeux pour ne pas découvrir trop rapidement son visage, mais à travers la polaire bleu nuit, je percevais déjà ses traits, c'est un homme décédé depuis deux années à peine, une personne influente et sévère qui avait eu en charge une partie de mon éducation lorsque j'étais enfant entre 8 et 10 ans. Sévère, oui, très, et raide, comme la justice, et cependant nous nous estimions mutuellement, c'est même lui qui a choisi mon prénom de confirmande: Germaine, comme la petite sainte ignorée de Pibrac, la sainte aux pétales de roses dans son tablier de pauvresse, celle qui dormait sur des sarments sous l'escalier de la salle commune, la petite bergère qui donnait son troupeau en garde à sa quenouille plantée en terre alors qu'elle franchissait le ruisseau pour aller entendre la messe et communier quotidiennement à une époque où ce n'était pas du tout en vogue!
La petite malade qui prenait soin de plus malheureux qu'elle. Celle que sa marâtre battait.

La petite bigote de Pibrac. Il m'avait donné son nom. Pour quelle obscure ou lumineuse raison? C'est ainsi que j'avais été rebaptisée "Germaine", le jour où l'Esprit Saint reposa sur moi, le jour où j'acceptai qu'il fit sa demeure en moi.

Moi la petiote  émigrée, exilée, ou immigrée, je n'ai jamais su ce qu'il fallait en dire ou en penser, moi l'éternelle enfant, la jeunette "de passage" sur terre... de passage seulement à la vitesse d'un météore. Comme celle que peu ont connue ou découverte lorsqu'elle vivait parmi eux, la Germaine Cousin. Sait-on que sa famille est en fait originaire de Bretagne? Comme tout cela est à la fois familier et étrange!

Il était là de trois quart dos, mais sa stature imposante me désignait quel était le Commandeur que j'allais bientôt suivre. Alors petite Jovanette, prête pour le grand saut? mettras-tu ta main dans la sienne de marbre?

Il s'est avancé vers moi, comme je ne rejetais pas le tissu qui me couvrait le visage, m'a embrassée à travers l'étoffe, geste tendre et insolite, surtout venant de la part d'un homme aussi rigide de son vivant, mais la mort accomplit l'humain, c'est son corps de gloire qui touche le mien, et ma foi, il est devenu l'homme qu'il est, droit ET bienveillant, ce qui ne gâche rien.
Oui c'est bien lui, à présent j'ai fait glisser lentement le linge et je reconnais son visage régulier, lisse et impassible comme celui des Apollon de Carrare.
Je me sens presque bien, et pourtant, illogiquement, c'est le temps de laisser la place!
"Et mon mari?"
"Ne t'en fais pas pour lui, maintenant, tu es la bien-aimée de ton Bien-Aimé, tu sais tous les cadeaux qu'il t'a fait encore récemment?
-Oui, je sais, j'allais mieux, vraiment mieux, et à chaque gros problème, il m'a envoyé le soulagement, la guérison, je sais, il tient à moi comme à la prunelle de ses yeux, je sais que je suis à Lui.
-Tu es prète, alors nous allons...

J'étais prête, mon cerveau, ma tête, non je ne souffrais plus, et mon oeil droit, aucun problème, je voyais, je voyais cet homme devant moi, transformé, pacifié, attentif et bienveillant
non pas un "ange", les humains ne sont pas des anges même lorsqu'ils ont franchi les portes de la mort, un simple guide affectueux qui me conduisait pacifiquement à mon Bien-Aimé, à Celui qui m'avait préparée pour nos noces éternelles.

C'est alors que mon mari, celui que le Bien-Aimé m'a donné sur terre, celui à qui j'ai été donnée ici bas, est entré dans la chambre où je reposais et m'a parlé. Je me suis donc réveillée, et l'ai vu devant moi. Non, raté, la mort n'est pas pour aujourd'hui, apparemment mon Djam adoré tient encore à moi comme moi à lui et à la vie.
Je lui ai raconté mon aventure, ce rendez-vous pris. Je sais que je suis "en sursis" et je sais QUI viendra me chercher lorsque ce sera l'heure, c'est une grâce que vient de me faire le Bien-Aimé, une grâce particulière dont je le remercie infiniment, je suis calme et je souris. Mon oeil? j'en ai deux, il m'en reste donc un pour voir et pour renvoyer la flamme qu'Il a placé en moi et qui me brûle!
j'aime la vie, et j'aime les vivants! Alleluia! Amen!

 

08/07/09