Extrait 8 journal Hazzel

Souvent, dans la journée, quand les filles sont ailleurs, je m'assieds sur mon lit, les jambes en tailleur ou en lotus, je ferme les yeux, je me balance doucement d'avant en arrière, tangage et roulis et je chantonne, murmure des vagues.
C'est ma berceuse! me manque le hamac! j'aimais bien quand on a fait nos "classes" sur l'Etoile et la Belle Poule!, on était un peu serrés, c'est vrai, jamais je ne retrouverai ces sensations, quand j'étais au pied des mats, regard en contre plongée vers le ciel! Et le funambulisme dans les matures!
Dire qu'elles s'en vont en Espagne dès Avril, cap vers l'Amérique! et sans moi! loin, longtemps et en équipage, quatre mois de mer!
J'ai un autre "voyage" à accomplir, plus "corsé", combien de moi et de mois liée à mes boulets, mes deux coéquipières involontaires (à moins que...) putes, truandes, deux marguerites que la société a flétries. Quelle vie, quel embarquement! Et quelle bouffe de chiotte!

Je murmure, vent dans les voiles, grincement des bois, tout est calme dans la cambuse, je suis dans mon "pays", heureuse, dans la paix, je peux même sentir l'odeur du café (de Colombie), et remuer mes doigts dans leurs grains, les tamiser à ma façon avant de les moudre, et de verser la poudre brune dans les filtres. Moment voluptueux! mes narines s'ouvrent! ne manque qu'un bon petit carré de chocolat noir bayonnais, le super panard!
Je déguste, je prends mon "quart" avec bénédiction! Je loue pour la mer agitée, le vent frais, et l'apparition soudaine du soleil, derrière les terres très lointaines de la vieille Europe!
Moi, citoyenne du monde, libre au milieu de l'océan. Moi, prisonnière de la société, libre dans ma tête au milieu de ma cellule, libre? quand je peux, pas toujours!

Ou alors, c'est comme un doux bourdonnement d'abeilles, je suis dans une grande prairie parsemée de coquelicots et d'astéracées buccholiques, je marche et les tiges fouettent mes jambes nues. Il fait beau, quelques nuages très légers tamisent l'azur, le soleil caresse mon cou et mes épaules. La prairie est immense, il n'y a d'horizon que d'autres tiges et d'autres pétales plus loin, en avant. Ma robe en coton ne pèse pas plus que plume. Je marche, une tige sucrée de trèfle entre les dents. Derrière moi, un sillage de végétation couchée, sentier étroit qui se refermera progressivement.

Quand elles reviennent, elles me sautent dessus et me chahutent: "t'arrête zombie?"
Mais je n'ai pas envie d'arrêter, alors je continue, ça les fout en bave! Pluie d'injures, giboulée de gifles, grèle de griffes "espèce de tarée!"
OK, OK, j'arrête, pas la vocation au martyre!

"Mais pourquoi tu fais ça?"
"Je fais ce que je veux!"
"Pas si nous on veut pas! Ca sert à quoi ton truc là?"
"A rien, je me retrouve en moi, chez moi, à l'intérieur"
"En toi? Mais y a rien en toi! du vide, du rien, c'est rien comme toi, rien! t'es que du vent Hazzel Sprieeg, du vent, une inutile, y a rien là-dedans!"

Elle crache! (ça c'est Latifa), et elles laissent tomber parce que je laisse tomber.

Un fois Marine m'a demandé:
"Mais enfin qu'est-ce que c'est ton secret?
-Quel secret? J'ai pas de secret!
-Ton calme, ton sourire
-Ah bon, je savais pas, non désolée, pas de secret de ce genre!
-Même ça, tu veux pas nous le dire?
secret d'ETAT ou quoi?"

J'ai rien répondu, mais j'ai rigolé pendant 5 minutes. C'était nerveux un peu.

Faudra que je remercie Itzia pour tous ses envois, et pour toutes les nouvelles et les encouragements, mais en ce moment pas envie de lui écrire, il y a comme une grande lassitude, un espèce de vide en moi, et puis c'est trop dur cette cohabitation forcée. Plutôt trop lourd, je sens l'orage venir!
Suis heureuse que ça bouge, aujourd'hui manif! je vais penser très fort à eux, à tous! Si ça pouvait faire avancer quoi que ce soit!
pourvu que ça se passe mieux qu'en novembre, ou alors carrément que les provocateurs se pointent sous les feux des caméras comme ça, on pourra mieux les identifier cette fois, sans ambiguité on ne pourra pas dire que c'est nous!
 Nous? C'est pas nous! Nous on était là, vous savez, en tôle à un millier de km!
J'espère qu'il vont retransmettre au moins en actu régionales, du moins quelques seconde de la fin si le "visuel" prévu est assez "saisissant" depuis les hautes caméras de surveillance de la Place, en espérant qu'il n'y aura pas de "sang" cette fois à la dislocation!


Faudra aussi que je lui demande qu'est-ce que cette histoire de mandragore! C'est pas un tatouage! c'est une fumisterie, une plaisanterie au moins pour me faire rigoler (bien besoin en ces temps de rigoler, et il en faut peu pour me faire rire)
comment sur des photos ou des vidéos aussi pourax, l'expert aurait-il pu discerner une tache aussi nette?
Heureusement que ce "rapport" n'est pas affiché sur le site de soutien! j'espère qu'il n'a rien d'officiel, c'est un Hoax, d'abord ça ressemble à un décalcomanie comme ceux qu'on mettait dans les Malabars, ou alors ceux qu'on se dessinait au stylo à même la peau pour faire croire qu'on avait assez de fric pour s'acheter des chewing-gums.
Mais qui peut croire à un truc pareil? On va embrouiller la "justice" ou faire rire dans les tannières!
Faut rigoler pour pas que le ciel nous tombe sur la tête! bande de potaches! moi garder humour toujours, vrai!
JL the Katz, n'en fait pas trop va!
allez, j't'adore! quand même! chevalier du rire, en avant!


NB: le décalcomanie s'enlève au dissolvant, et s'il y a des résistances, au savon et à l'eau chaude avec un gant de toilette bien rèche, courage!


Hazzel (extrait journal 8)


KNTHMH (chemin de la mandragore 27)
 

 

cette histoire a commencé ici