Elle sait pourquoi elle leur tient tête, toute l'énergie de son désespoir.
Elle ne reconnaît rien, elle s'enferme, elle leur échappe. Ils ne peuvent rien, rien contre sa volonté. Ils sont là, impuissants, c'est encore elle qui gagne.
(Heureusement) ils ne voient pas les larmes qui s'échappent une à une de ses yeux. Ils sont de l'autre côté, en face, ils ne voient pas ses yeux.
Ils ne peuvent plus rien lui faire. Elle est séparée, séparée d'eux par la vitre et par le silence.
Elle sent ce qu'ils pensent, ils ne pensent pas bien. Elle n'a aucun remords!


Elle, elle sait pourquoi elle écrit.
Il y en a qui savent aussi, qui se rappellent peut-être, ceux du début, février 2005, qui avaient lu sur Piaro sa renaissance au monde, ses remerciements à ceux qui l'avaient accueillie, ceux qui avaient lu peut-être sur unepassante "le silence des agnelles".
Elle ne l'a pas remis ce texte sur son blog. Pas encore, pas retrouvé au hasard des entassements et enchevêtrements successifs dans les disques durs qui ont transvasé ses migrations, ses exils. Elle ne sait plus ce qu'elle avait écrit précisément, mais elle sait le cri qu'elle avait voulu pousser. Pour une fois ouvrir la bouche, ne plus garder ça pour elle! et CRIER au moins une fois dans sa vie, LIBREMENT.
Elle n'aurait pu écrire que ce texte et jamais aucun autre, tout était dit. L'horreur, l'infamie, le déshonneur, la souffrance, l'incompréhension, la torture, la condamnation, le regard de jugement, la condamnation sans rémission.
Elle ne cherche pas à se soigner, à se sentir mieux ou pire.
Parce qu'on lui a interdit de parler, elle veut simplement dire, même pas crier, mais dire.

Elle se souvient de l'après-midi où elle a parlé de la persécution subie depuis des années.
Elle a expliqué comment on s'en était pris à elle et à son ami parce que leurs prises de position, leurs engagements, leur demande de formation, les postes qu'ils occupaient, tout dérangeait.
Ils n'ont pas cru, ils se sont moqués, ils ont désavoué, ils ont persécuté, ils ont crié à "la folie"!
Elle se souvient de ce qu'ils lui ont dit au sujet des flics et des prisons, de ce qu'elle leur a partagé de son vécu, de témoignages de proches. Elle se souvient d'avoir évoqué la cybercriminalité et plusieurs de ses formes connues ou plus insidieuses et de la censure explicite ou implicite.
Elle n'aime pas qu'on la limite, qu'on lui fasse sentir ce dont il faut ou ne faut pas parler, mais elle sait aussi se taire quand elle le sent nécessaire.

 

DJM (in memoriam d'une femme brisée)

 

KNTHMH (chemin de la mandragore 89)

 

NB: les textes de ce roman sont tous fictifs et ne renvoient à aucune "affaire" ni présente, ni passée

 

l'histoire commençait

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