Elle se souvient des missions qu'on lui a confiées
"au nom de la Paix, au nom de la Sécurité, au nom de L'Education, au nom de la Justice..." du maintien du pouvoir établi, oui!
elle se souvient des ravages produits et aussi des erreurs, du pourcentage d'erreurs permises
de la destruction de vies, de familles, c'est compris dans les pourcentages
de sa lente destruction à elle, mais elle n'est pas une statistique ELLE!
S'est-elle trompée de route?
loyale mais toujours suspecte, toujours poussée plus loin dans le rendement, l'efficacité
une bombe vivante entre leurs mains
Elle s'écoeure de penser à tout ce qu'elle a brisé en elle d'abord et en autrui ensuite.
Elle s'est fait violence à chaque stade de sa vie, le temps du viol est loin, mais elle a vécu tellement d'autres viols depuis!

Luciano, Manu, des enfants de choeur!
et elle pourrait leur en vouloir! en avoir peur?
Mandrake, à présent elle sait qu'il a perpétré l'intolérable autrefois, elle sait qu'il a produit ce qu'elle exècre le plus au monde
Elle sait que The Katz lui est pire, elle sait que rien n'est noir ou blanc
Elle voudrait retrouver Alexis et lui dire "je te pardonne, arrête, arrête, arrête avant qu'il ne soit trop tard et que tout te pète à la gueule!
Arrête, ne sombre pas dans la folie justicière et meurtrière, dans la mégalomanie criminelle, arrête, je t'aimais moi aussi, arrête de nous poursuivre et nous faire souffrir!
où es-tu?
est-il temps encore?
Sais-tu que Flo t'attendait toujours?"


Elle pleure à l'intérieur, mais personne ne voit ses larmes couler depuis l'autre côté de la glace sans tain.

Elle crie dans son coeur, elle crie vers le ciel, mais personne n'entend ses cris depuis le lieu insonorisé où l'on reste vainement à l'écoute.

Elle attend un miracle ou la mort.

Elle crie de tout son être: "A quoi me sert ce que tu m'as donné? Ce talent de percer les pensées en certaines circonstances...
Est-ce qu'il vient vraiment de toi? ou est-ce un cadeau empoisonné?
Je n'en veux plus, je te le donne, je le remets entre tes mains, et s'il est bien de toi, et si tu veux me le redonner, alors je le prendrai, comme un présent, pour qu'il serve à des oeuvres de paix, non à des oeuvres de mort!"

Elle ne sent rien de précis, aucune exaltation, aucun "vide" ou aucun "plein", aucun signe tangible, elle est calme.

Il y a ce silence, comme un linceul, mais elle est sûre d'avoir été entendue et comprise et même exaucée.

Elle sourit à l'intérieur, mais personne ne perçoit ce sourire sur son visage déformé.

Elle attend, elle attend sa délivrance.

Elle est calme à présent, elle a tout donné.

Elle pense à son Amour, elle est sûre de lui, il l'aimera comme elle est, il l'aimera morte ou vive, elle a tout donné, elle n'est plus rien, elle sent son Amour la tenir comme on saisit un corps qui sombre par les cheveux pour lui éviter la noyade.
Il la saisit par ses cheveux roux, il ne veut pas qu'elle se noie et qu'elle lui échappe. Qu'elle pèse donc lourd, quel poids mort! mais il a la force, il la retire des "grandes eaux"!

Oui! arrache-moi au Léviathan*, je lui tourne le dos!

Elle, elle revoit toute sa vie. Rien n'a été facile, on ne lui a jamais fait de grâces, et si peu de compliments, elle revoit toute la violence déchainée contre elle depuis sa plus petite enfance, elle revoit tout. Elle sait à qui appartient la force qui lui a permis de tenir bon, de s'en sortir, de faire front toujours, elle sait, mais pourquoi se tait-il? Pourquoi ne lui parle-t-il plus comme un amant à son amante?
Pourquoi est-il si silencieux?
Pourquoi m'as-tu donc abandonnée?

Elle se tait elle aussi...

Je remets toute chose et moi-même entre tes mains, je m'abandonne à toi, je te fais confiance, CONFIANCE!

Un jour je parlerai
oui
après ma remontée de l'enfer
si tu permets

je te fais confiance, CONFIANCE!

Elle s'abandonne entre ses mains, elle s'endort enfin
elle est bien, là, contre son coeur
elle n'a plus d'autre désir.

 

DJM (in memoriam d'un ange défunt)

KNTHMH (chemin de la mandragore 88)

 

* le nom donné à un des démons principaux de l'enfer, la Bête de l'Apocalypse, l'entrée des enfers, métaphore qui désigne l'État.

NB: les textes de ce roman sont tous fictifs et ne renvoient à aucune "affaire" ni présente, ni passée


l'histoire commençait

à cette note