Etait-ce le café que j'avais pris trois heures auparavant, trop sucré, accompagné de tortilla ships mini roll saveur fromage, et de cacahuètes grillées, de maïs soufflé, de pralines salées qui avaient déclenché une hyper acidité qui remontait de l'estomac jusqu'à la gorge?
Etait-ce le tracas de la panne de voiture, des coups de téléphone échangés, de la disparition temporaire du véhicule remorqué vers un garage dont je ne connaissais même pas l'adresse qui avait provoqué la crise d'aérophagie que je tentais de calmer en appliquant mon remède favori: massage sous les côtes flottantes, côté droit, et stimulation digitale de la région du cervelet?
Etait-ce le pédalage forcené sur cette petite route de montagne pour faire coïncider mon arrivée avec celle de la dépanneuse envoyée par Europe Assistance à 15 heures précises?

Je me disais que j'avais imprudemment redonné nos polaires à Djam (celles des très grands froids en haute randonnée) dont je ne pensais plus avoir besoin.

Il me fallait de la chaleur, beaucoup de chaleur.
Je pris tous les vêtements que j'avais sous la main et les enfilais: un mince bustier noir en polyamide, une polaire très fine et souple, une veste légère en polyester doublée, plus large de deux tailles, surtout conserver les couches d'air protectrices qui se réchaufferaient rapidement.
Sur les jambes, un survet doublé lui aussi et bien entendu des chaussettes aux pieds.
Tenir à bonne et chaude température le corps déjà frissonnant, mes jambes tremblotantes, en "coton". Prendre des comprimés destinés à combattre les crampes, j'en avais aperçu dans ma pharmacie, et puis avaler une taurine pour rétablir l'énergie dans l'organisme pantelant.

Contrariétés + angoisses + exploit sportif, j'aurais dû prendre ce breuvage dès l'aurore, plutôt que d'attendre les ravages bien prévisibles d'une telle journée pendant laquelle j'avais tout de même réussi à jouer 3 heures sur l'orgue poussif de la chapelle. Jouer et déchiffrer parce que, me laisser abattre, ce n'est pas mon caractère.

Je consultai la notice du médicament, un comprimé à croquer à bonne distance des repas, composé d'arnica montana, d'acide sarcolactique, d'oxyde de zinc, il était précisé qu'après l'effort, la dose ne devait pas dépasser 10 comprimés, il était recommandé d'effectuer des échauffements préliminaires nécessaires pour aboutir à une meilleure récupération, ce dont je ne doutais nullement, j'y pourvoirai le lendemain.
Il était déconseillé de prendre 2 comprimés à la fois. Je résistai donc à cette tentation, le produit ayant un goût trop agréable.

J'étais en bonne voie, il me faudrait juste attendre. Je fis le point: la bagnole était donc en un lieu inconnu, mais dont je possédai le numéro de téléphone. Le volant de travail de l'entreprise ne permettait pas que l'on puisse s'en occuper avant 48 heures. Je serai prévenue du résultat de cet examen sur mon portable dès que possible à condition que le "réseau" soit établi et me permette de réceptionner l'appel. OK. J'en profiterais pour demander l'adresse exacte du lieu.
Il me faudrait la récupérer très rapidement pour accompagner les enfants à l'aéroport.
Ensuite je demeurerais seule pour quelques temps dans la montagne avant le retour de Djam. Je lui demanderais de m'apporter des vêtements chauds, c'était en fin de compte indispensable, l'automne arriverait promptement, déjà les chênes d'Amérique, les liquidambars rougissaient, les frènes et les érables brunissaient et les brumes étirées en longues écharpes ouatées dévoraient les sommets bleutés, rendant indéchiffrable le paysage environnant. J'étais au centre de nulle part, une fraîche colline ou plutôt un plateau ventilé, encerclé de monts fantomatiques.

Les ramages des grives, des merles et des ramiers me racontaient encore l'été. Les rires des enfants s'élevant des bordes dans la vallée me rappelaient la proche rentrée des classes. Ils étaient donc revenus de vacances, mais rien ne pouvait entamer leur joie et leur insouciance. Ils jouaient, ils criaient, débordant de vie, brûlant leur énergie à gorge déployées.

Si Dieu voulait, je serais bientôt "Heidi grand-mère". Je n'avais pas encore les cheveux gris et le petit chignon, mais déjà les lunettes et le châle en laine (des Pyrénées).
Dans quelques semaines, si tout se passait bien!

Je voulais espérer, Ara, si désespérément indépendante, saurait trouver en elle les ressources nécessaires pour surmonter toutes les épreuves et surtout les pièges!

Je voulais y croire, pourvu que je sois chaudement vêtue et que je n'oublie aucun des échauffements préliminaires, aucun des étirements postliminaires.

Par quoi remplacer la taurine lorsque je n'en aurai plus?

La "taurine" ne se remplace pas, c'est une substance présente chez les taureaux et qui favorise les neurotransmissions, dans mon cas c'est assez indispensable!

Au pis aller, utiliser les substances que j'ai sous la main, tenant en éveil les neurones, et favorisant une résistance naturelle, fortes en vitamines B2 B3 B5 B6 B12, sans oublier le calcium.
-café ou thé
-cocktails de fruits frais de saison
-sirop de framboise et de mûres
-jus de citron et orange
-jus d'actinidia (kiwi)
-jus de tomate et melon
-miel
-lait en poudre

réduire les aliments salés

à tester...

Dans ma retraite forcée, je demeurais dans la prière.

Tah dans la montagne  24/08/ 2009

 

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