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"Il y a des morts qui n'en finissent pas de durer" Lala pensait tout haut, mais à quoi pensait-elle et à qui?
Lala interrompit une fois de plus son récit. Elle se voyait couler à pic et très lentement dans une fosse abyssale. Elle suffoquait.

Tanina, sans mot dire, écarquillait les yeux, une image mentale lui montrait sa grand-mère aspirée dans un puits ouvert vers le ciel, elle tournoyait lentement, plus elle montait, plus elle manquait d'air, l'ascension hélicoïdale semblait bien être la rotation d'une vis sans fin.

"Arrête!" cria-t-elle "il n'y a pas de fond!"

Etrange communion dans le naufrage.

Lala inspira longuement et expira très lentement.
Elle sourit timidement à Tanina. Elle épongea la sueur de son front et de ses tempes, ôta ses verres, tamponna doucement ses yeux clairs.
"Mais j'ai passé le cap!" annonça-t-elle avec fierté, cela tintait comme une bonne espérance!

"Tu veux une autre tasse de thé glacé?"

Et sans attendre la réponse, se leva pour aller en chercher.

"Lala, tu nous prépares du couscous pour demain?"

Le contact était rétabli.  S. regardait sa petite fille avec une malice qui se lisait à la fois dans son regard pétillant et sur ses lèvres légèrement entrouvertes. elle avait conservé une fossette enfantine qui accentuait le trait, elle se racla la gorge et poursuivit:

- Oui ma Gazelle, un bon couscous, et tous nos fantômes disparaîtront!
A la viande ou au poisson?

- Avec des boulettes à la menthe, beaucoup de menthe

- Halal ou kasher les boulettes?

Tanina manifesta bruyamment en battant des mains

- Les deux Lala, les deux!

- Alors pour le soir, Ramadan vient de commencer là, tu sais?

Lala s'approcha de sa petite fille et l'entoura d'un bras affectueux, déposa un baiser appuyé et sonore sur la joue droite de Tanina.

- Ah ma fifille, comme je t'aime!

Tanina plissa des yeux, ce qui signifiait: "oui, moi aussi, beaucoup, beaucoup" et elle se frotta le ventre satisfaite à l'avance du bon repas nocturne.

- Tu m'apprendras Lala?

- Oui certainement, tu viendras à côté de moi, tu regarderas et tu feras tout pareil, tu m'aideras à tout prépare, on mettra deux fois plus de temps !! haha! et tu noteras tout sur ton carnet de recettes pour les différentes opérations, pour les temps et pour les ingrédients, tout

- Je pourrai te filmer aussi?

- Si tu veux, comme tu veux, mais des "bouts", c'est long, plusieurs heures!

- Tu me raconteras d'autres histoires pendant la cuisson?

- Oui, promis!

- J'adore tes histoires, tu me raconteras la naissance de maman, et puis les babouches rouges aussi, hein?

- Oui, et je te donnerai ton nom.

Lala suivait son idée première, le temps était vraiment venu!

- Mon nom?

- Oui Tanina, ton nom de VIE!
et c'est à toi que je donnerai le collier, quand tu seras grande, à toi, et à toi seule.*

Tanina sentit que l'heure était grave, solennelle, quelle faveur lui réservait son aïeule?
Quel secret royal que sa maman ignorait? ignorerait? à partager entre Lala et elle, seules...

Tanina sentit son coeur se serrer dans sa poitrine en bourgeons. Une lueur d'inquiétude assombrit son regard déjà très noir.

- Tout va bien Tanina, demain sera un autre jour, mais reprenons notre histoire présente.

 

(à suivre)

 

KNTHMH 25 Août 2009

 

(* le récit où S. reçut ce collier et LE NOM se trouve dans les derniers chapitres du roman autofictif: Tiger Lili, publié sur canalblog en 2005)