Je me rappelle ce que m'avait raconté Alexis, un jour avant de disparaître, cette étrange histoire, cette horrible histoire devrais-je dire!
Sa tante, violée, lacérée, son ventre vidé, les tessons de bouteille, les hurlements, la fuite des assasins qu'on n'a jamais pu identifier, sa fugue, son obsession: retrouver un certain type, le chef de bande en somme qu'il tenait pour le responsable de cette boucherie,
mais il n'a jamais pu mettre la main dessus et il n'a jamais reparu auprès de nous, personne ne sait où est Alexis à l'heure actuelle, et même s'il est encore en vie!
C'est le plus grand cauchemar de ma vie, cette scène sanglante et meurtière, la souffrance intolérable et la mort atroce de cette jeune fille piégée par l'alcool et par une meute sanguinaire.

Moi j'ai su par la suite, parce que d'autres m'ont raconté aussi, ceux qui savaient parce qu'ils connaissaient les anciens amis de cette beauté lombarde, dont le meutre avait fait couler beaucoup d'encre et de salive en son temps.
Je l'ai su quand Manu était déjà en tôle pour l'un de ses multiples casses et trafics.
C'est un peu fort mais avant de flinguer Tana, il n'avait jamais été connu comme assassin!

Et pourtant, moi j'avais compris, mais je n'aurais pas pu la prévenir lorsqu'elle a voulu l'épouser son Manu, j'étais en service à l'étranger, à mon retour, je les avais rencontrés, tout avait l'air de "baigner" et Manu semblait "rangé". Un couple sans histoire et une Tana radieuse d'avoir pu convoler avec son grand amour de jeunesse. Très romantique...
Vers la fin, elle n'osait plus sortir de chez elle, ou presque, le labo-la maison et trajet inverse
même plus téléphoner à sa famille
Paula m'avait dit: "il se passe des choses anormales, on ne voit plus Tana, elle ne vient plus jamais avec son mari, ni nous voir, ni visiter sa mère à l'hospice. Parfois on a ses enfants qui viennent jouer avec les nôtres, mais de plus en plus rarement. Et elle ne nous téléphone plus non plus, la dernière fois c'est moi qui l'ai appelée et elle m'a répondu par monosyllabes, la seule chose qu'elle ait vraiment aligné c'est cette phrase alarmante: il a acheté un fusil de chasse. Nous avons vraiment peur, on n'ose plus aller chez eux non plus! On espère que si ça va vraiment mal, elle pourra appeler." Mais elle n'avait pas appelé, et eux n'avaient pas cherché à s'ouvrir de leurs inquiétudes à la police, un service social, un toubib.
C'est avec ce fusil qu'il l'a massacrée peu après, un soir au retour du boulot, après l'avoir violemment frappée comme l'a révélé l'autopsie, et ça ne devait pas être le premier passage à tabac.
On l'a couverte de fleurs, notre botaniste qui leur avait consacré sa vie!
"Drame de la jalousie" était le titre porté par l'encadré à la "une", et j'avais, de justesse, pu me rendre aux obsèques.
Des fleurs blanches, toute une allée! incroyable. Et le prêtre, le tour de force pour son speech, les deux familles, chacune d'un côté du cercueil, et les enfants! et Manu complètement effondré, peu reconnaissable, encadré par deux flics, il lui avait été permis d'assister à la cérémonie religieuse, invraissemblable!
Et pourtant, mon souvenir intact, moi l'échappée du boulot pour deux heures chrono, autorisation spéciale! moi pleurant à l'intérieur notre adolescence à jamais assasinée, car jamais de larmes, moi serrant dans mes bras Manu, moi croisant son oeil de verre, moi embrassant Paula, Luidgi, et les six enfants que Paula élèverait maintenant tous ensemble. Moi croisant le regard sombre et fermé de Junior. Les femmes comme un mur soudé qui avançaient se soutenant et s'encourageant. La vieille mère, enroulée dans sa couverture ocre, son inévitable canne à la main, mes yeux rencontrant les siens.

Et puis plus de nouvelles de quiconque pendant des mois. La mort de la mère, j'étais en service lorsqu'elle est décédée, toujours à l'étranger. Et puis mes retrouvailles avec Paula alors que le procès de Manu allait s'ouvrir. Et toutes nos confidences échangées, le soir devant un café, dans son atelier de tapissier pendant la tenue des assises! Paula, elle aurait voulu qu'il ait la tête tranchée pour tous ses crimes, elle a assisté à toutes les audiences du procès, elle était malade et dégoûtée de voir comme il se faisait plaindre, en fait la véritable victime, c'était lui, sans blague!
 

Hazzel (extrait du journal  - suite de cette page de journal)

 

KNTHMH (chemins de la mandragore 10)  cette histoire a commencé ici