Je ne pense pas que les attentats ou leurs auteurs (car jamais un attentat n'est le fruit d'un hasard ou d'une catastrophe naturelle, mais il est perpétré par des groupes sciemment téléguidés par des concepteurs déterminés) aient pour vocation d'éveiller la compassion ou la fraternité auprès des populations visées.

Ces actes de violence engendrent la révolte, le sentiment d'horreur, d'impuissance, de peur jusqu'à la panique, de protectionnisme, de riposte jusqu'à la vengeance, de fuite, de rejet, de jugement, d'incompréhension, de révolte jusqu'à la révolution, de méfiance jusqu'à l'ostracisme,  jusqu'à la délation.

Il dressent les uns contre les autres plutôt qu'ils n'aident à ouvrir les coeurs, les portes et les porte-monnaies.

Passés les mouvements épidermiques de foule, où le meilleur peut cotoyer le pire, passés l'émotivité, les sursauts d'héroïsme, de générosité, de fraternisation, tout retombe dans le froid de la peur quand ce n'est pas celui de l'indifférence ou le leurre de l'insouciance.

On s'en est tiré! pourvu qu'on en soit désormais à l'abri! qui oserait ouvrir sa porte à un inconnu qui pourrait être un loup caché sous la peau d'un agneau?
non, la prudence élémentaire, les mesures et les lois qui s'instaurent pour protéger les populations, et le temps qui éloigne des moments de crises, la vie stressante et pressée qui nous reprend, rien ne milite en faveur d'ouvertures et d'altruismes divers.

Lorsqu'on réchappe à une catastrophe ou un accident, ou à une maladie très grave, incurable, mortelle, on a comme un regain de vie, un débordement de gratitude, d'énergies qui nous poussent à vivre, à rencontrer autrui, à toucher du doigt et du coeur la réalité de la vie, on se sent "gracié", bénéficiaire de surcis, on ne veut plus gaspiller sa vie, on a plaisir et urgence à se rendre utile, à créer du sens autour de ce que l'on vit.

Lorsqu'on est future cible d'attentats (car chacun le ressent, même s'il ne le comprend pas, chacun le saisit sourdement et sournoisement, même si les probabilités sont faibles que cela tombe sur soi), on pourrait faire "communauté", oui, mais la menace est vague, elle n'a aucun visage bien qu'elle puisse tous les prendre, alors le réflexe est davantage: se protéger, se retirer, se cacher, se renfermer, se tenir tranquille, éloigné, ne pas préter le flan à...

Le réflexe n'est pas de s'ouvrir, d'aller vers l'extérieur, de compatir à toute la misère du monde.

A l'opposé certains peuvent réagir dans la fuite en avant aux plaisirs, au défi, au déni.

J'ai vécu des années dans la menace d'attentats, de représailles, de pogroms arbitraires. Nous avions tous peur, nous fonctionnions en "mode survie", en "alerte maximum", nous étions solidaires avec nos familles et clans, pas jusqu'à l'imprudence et la témérité qui nous auraient tous mis en danger. On était obligé au silence, et au presque "tous pour un mais chacun pour soi".

Rien à voir avec la solidarité vécue lors d'une catastrophe,dans les mêmes époques pourtant, comme celle de Fréjus par exemple, ou bien quelques 10 années plus tard, 68 étant passé par là, la solidarité vécue avec certains peuples d'Amérique Latine affamés et appauvris par les luttes civiles et les révolutions ou leurs conséquences.

Les terrorismes et les attentats n'induisent pas de vagues de sentiments fédérateurs, ils induisent des mesures de protection, d'exception, de sécurisation, de défense orchestrées par les états et leurs services policiers et de renseignements, ce n'est pas du tout la même chose, voilà ce que je peux dire sur ce sujet.

Je n'ai rompu mon silence actuel que pour mieux y retourner, j'ai beaucoup à faire par rapport à ma santé et à ma vie personnelle, je ne serai utile ni à moi-même, ni à personne tant que je ne serai pas en bonne forme, je ne peux continuer à me répandre en communications diverses, il y a des moments où un recentrage est impératif.