(voir les articles au sujet du suicide d'une institutrice en Gironde)

Evidemment, je ne peux que compatir au drame qui atteint la famille Cruzin, et que resonner à tout ce que cette enseignante, Valérie, a vécu de difficile les derniers mois. Je présente mes condoléances à toutes les personnes touchées par cette tragédie, y compris les élèves et anciens élèves qui peuvent ressentir du chagrin, l'injustice profonde de cette issue, le choc de la séparation d'une maîtresse estimée d'eux. Et c'est donc ce que je veux faire en premier, compatir, mais aussi et ensuite déplorer certaines dérobades de la part de qui pourrait apporter soutien et impartialité, calmer plutôt que laisser pourrir et s'envenimer les choses!

Enfin rapporter des faits dont j'ai été maintes fois témoin, et plus particulièrement l'expérience d'une enseignante, dans les lignes qui suivent:

L'une de mes connaissance, Franxa, a connu plusieurs cabales et campagnes de diffamation "concertée" de la part de parents au cours de son existence d'enseignante, envers des collègues comme envers elle, elle a failli plusieurs fois en mourir, c'était pourtant "une dure à cuire", une fois elle a frisé le "passage à l'acte" comme on dit. Elle a demandé, réclamé deux fois au moins dans sa carrière, dans des cas extrêmement graves, son changement d'affectation, et la médiation de ses supérieurs hiérarchiques, elle fut toujours maintenue sur ses postes et encouragée de la voix, en privé, de la sorte: "Je sais que vous êtes assez forte pour vous défendre et pour les tenir en respect". Ce fut vrai, car c'était une personne extraordinaire à tous points de vue et une "battante" hors pair, vrai jusqu'au jour où ce ne fut plus vrai! Je ne parlerai pas aujourd'hui de ce qu'il advint d'elle alors, il y a ainsi des vies lacérées, mises en lambeaux, pires que mangées et détruites! Niées, salies irrémédiablement ou presque! dans ces conditions il faut un courage plus qu'extraordinaire pour se battre, recommencer, continuer, survivre, se reconstruire!
(elle coule à présent, ainsi que tous les protagonistes de sa biographie, une retraite "méritée" sinon "heureuse" et "tranquille")

Mais revenons en arrière.  Le premiers poste de Franxa fut un remplacement de quatre mois en maternelle, il y a fort longtemps, à l'époque où l'on travaillait encore cinq jours sur sept en premier cycle. Elle arriva quelques temps après la rentrée de septembre. On lui accorda, dans un appartement alors désaffecté et sans chauffage, une pièce pour s'installer, c'était l'automne, au bout de quelques jours elle fut transpercée d'humidité et de froid, alors elle apporta sa tente de camping et ses duvets, elle monta son campement dans la pièce en question. Elle se souvient de l'ahurissement du technicien d'EDF au moment de signer le contrat d'électricité, toute une histoire ensuite pour le résiler à son départ! Voir une tente montée dans une pièce bourgeoise qui avait dû être une salle à manger ! Elle avait bien du courage de travailler à la chandelle en attendant d'être raccordée à l'électricité, elle était jeune, il est vrai et solide.
Le soir, après avoir admiré longtemps la lueur des torchères, son plaisir secret, depuis une fenêtre qui donnait dans la direction d'une raffinerie, impossible d'écrire ses préparations, ses doigts étaient trop gourds, elle mangeait donc rapidement son foie de génisse accompagné de pattes coquillettes ou sa "saucisse choucroute" (il y avait un excellent charcutier non loin de l'école, dans le village), et se glissait vers 19h 30-20h dans ses duvets sous sa tente, tellement elle se gelait. Elle n'en ressortait qu'au matin, pour se débarbouiller à l'eau froide du robinet de l'évier, et avaler son café chauffé sur un "bleuet" camping-gaz. Pendant les heures où elle ne pouvait fermer l'oeil à cause du froid et d'un orchestre de rock dont les membres répétaient, à deux pas de là, dans un garage, jusqu'à 22 heures, elle se remémorait la conduite de la classe du lendemain, point par point, parce qu'à l'époque, il fallait changer d'activité environ toutes les 20 minutes, et organiser deux fois par jour des ateliers tournants, imaginez: 50 élèves dans un local non prévu pour cet effectif, qui plus est, répartis en groupes autonomes en présence la majeure partie du temps de la seule enseignante dans la classe, dotés de matériel rudimentaire, ancien et souvent insuffisant! Elle avait donc amené toutes ses poupées "de quand elle était petite", ainsi que d'autres jouets, qu'elle laissa sur place lorsqu'elle fut nommée, janvier suivant, sur un autre poste de remplacement. Elle avait fabriqué des plateaux porte-pot-de-peinture en contre-plaqué, bricolé des chevalets pour le coin peinture, rénové et retapissé avec les enfants le "coin poupée" pour renforcer et agrémenter les différents pôles. Toutes ces cogitations, fabrications étant pris sur son temps de "loisirs" et sur sa caisse perso! C'était une grande enthousiaste, à l'époque célibataire, un amour naissant comme feu d'artifice en ses jeunes sens décuplait ses forces, son énergie et son ingéniosité déjà si abondantes.
Revenons à l'inconfort et au froid qui la transperçait. Il y avait heureusement des bains-douche publics, juste au pied de la tour qui abritait l'escalier qu'elle gravissait pour atteindre son logis. Elle pouvait donc, le samedi, aller se doucher à l'eau chaude, ouf! Mais fin novembre, le froid et l'humidité se faisant plus vifs, elle apporta un radiateur à gaz, cet appareil était "âgé", il "s'étouffa" une fin de nuit, laissant échapper doucement son gaz butane. Forcément Franxa ne put descendre en classe, potron minet, pour jeter sur le papier ses préparations de cours à la douce chaleur des radiateurs en fonte, ni effectuer son service d'accueil des élèves. Et les collègues, après s'être étonnés de son manque inhabituel de ponctualité, ayant peur qu'il ne soit arrivé malheur, sont montés tambouriner vivement à sa porte, et l'ont tirée de sa torpeur! Heureusement pour tous, la fuite de gaz était accidentelle, ce n'était pas un suicide déguisé et manqué. Elle ne trépassa donc point ce jour là, mais conserva une fragilité, on n'est pas "gazé" sans dommage, même si on en réchappe!
Etonnée du fait qu'on ait pu croire à un mouvement volontaire de sa part pour s'ôter la vie, elle qui l'aimait plus qu'on ne pourrait l'imaginer, elle se fit raconter certaines choses: elle était donc la quatrième remplaçante sur ce poste depuis le début septembre, les autres n'ayant pas tenu le coup. Il est vrai que les classes étaient très chargées, elle n'avait jamais enseigné à autant d'enfants à la fois, et ces écoliers étaient en général assez agités, non sans raison: la plupart d'entre eux vivaient avec leur famille, frères et soeurs en promiscuité totale, dans des caravanes légères pour les campements d'été, sur un terrain proche de la raffinerie où les parents étaient employés. Ils n'avaient pas pu obtenir de permis de construire, d'appartements au loyer, et de toutes façons, leur affectation était disons plus ou moins provisoire, la société pétrolière pratiquait la mobilité de l'emploi, déjà oui (nous étions juste quelques années avant la première grave crise pétrolière)!
Un jour, brusquement, l'un d'entre les élèves, à peine âgé de trois ans, élève de la section des "bébés" (c'est comme ça qu'on appelait affectueusement en ce temps la "petite section" des 2 ans), tenta, au cours d'un interclasse dont Franxa assurait la surveillance, d'étrangler un camarade et de lui fracasser le crâne contre le mur blanc de la cantine. Elle eut de la peine à desserrer les mains de l'enfant, à le séparer de son adversaire (avec qui il tentait maladroitement de jouer!), puis à le faire asseoir tranquille pour qu'il se calme, elle obtint qu'il soit mis auprès d'elle lorsque c'était la récréation, et qu'il mange à sa table, plutôt qu'avec ses camarades l'espace de quelques jours. Ensuite, l'enfant faisant l'objet d'une surveillance accrue de la part des adultes, retrouva ses petits copains pour les jeux et la cantine, et manifesta peu à peu moins de violence vis à vis d'autrui.
Si les parents en général étaient contents de son enseignement, Franxa eut des difficultés avec une personne en particulier, elle s'efforça aussitôt de dialoguer avec cet homme blessé par la violence rencontrée au cours de son service militaire en Algérie, certaines images demeuraient gravées en lui pour longtemps malheureusement! Par le biais de la discussion et de l'empathie, elle réussit à reconquerir son estime. En ce qui concerne la direction de l'établissement, une adjointe promue à cette fonction assurait l'intérim d'une femme estimée mais absente pour raison de traitements longs. Il me semble que mon amie m'ait rapporté que sa collègue en congé habitant non loin de l'école, elle l'avait rencontrée une ou deux fois: pour le "suivi" de la classe et les consignes à respecter, car c'est cette femme que remplaçait Franxa, en tant qu'adjointe simple, ayant trop peu d'ancienneté et nulle expérience en matière de direction.
Le personnel d'encadrement communal était discret, efficace tant qu'il pouvait, mais face au nombre d'enfants, ne pouvait se multiplier en attention et soins auprès de chacun. Une bonne génération et demie séparait Franxa de ces femmes. Malgrè ses 50 élèves, mon amie ne disposait d'une ATSEM (on disait: dame de service, assistante maternelle, "tatie" pour leur doux nom) qu'en dernière heure le soir au moment de l'atelier peinture et de l'habillage pour la sortie. Elle sympatisa davantage avec une collègue fraîchement arrivée, bretonne d'origine, de quelques années son aînée, dont elle avait le jeune fils en classe.
Collègue qui l'hébergea gracieusement en fin de remplacement, le temps étant encore plus froid, et le radiateur ayant été prudemment relégué. Précisons que Franxa gagnait bien moins de 1000 Francs par mois (vous diriez combien en euros? 152 euros environ), ce qui explique pourquoi il lui était difficile de se payer un appareil de chauffage nouveau, et le contrat d'électricité lui coûtait une fortune, pour une ampoule allumée ou deux dans sa pièce unique le soir avant son retrait sous le bivouac!
Elle finit par être victime d'une bronchite qui la priva de la fête de noël organisée à l'école et du plaisir de voir ses petits élèves costumés chanter les comptines apprises et exécuter leurs danses amoureusement répétées.

Franxa ne remit qu'une fois les pieds dans cette bourgade, quelques heures, une vingtaine d'années plus tard, pour d'autres raisons. Elle connut, dans l'exercice de son" beau métier" (c'est comme ça qu'on disait au sujet de cette profession), bien d'autres aventures extraordinaires, difficiles, tendues, dramatiques, incroyables, intolérables. Il me faudrait des dizaines de vies de chroniqueuse pour évoquer sa vie comme celle d'autres de nos contemporains, et nous verrons celà plus tard, je souhaite, pour le moment, reprendre le cours de l'histoire de Flo dès demain!

Fleurdatlas 29 mars 08 14: 44 (pour des raisons de "témoignage", et en accord avec Franxa consultée à ce sujet, je n'ai romancé ou "arrangé" aucun des faits relatant l'expérience vécue dans ce premier poste, et qui se déroulèrent tels au début des années 70)

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Voici des références de textes analytiques au sujet de l"histoire récente (XX ième siècle) de Pauillac, ils peuvent baliser nos regards et nos réflexions, je les cite comme témoins ou jalons:

Derrière l’image et la réputation de ses grands crus, le Médoc se protège d’un passé de misère et d’un présent de détresse sociale. Le Médoc se remet mal du traumatisme de 1985. Au moment où le vignoble décollait dans un climat d’euphorie, Shell a brutalement fermé sa raffinerie de Pauillac : 800 emplois sacrifiés dans la seule industrie du Médoc.

« La ville a sombré dans une dépression nerveuse collective et ce climat de déréliction dure. Entre les grandes fortunes des châteaux et le peuple des RMIstes, la classe moyenne s’est volatilisée », constate Martine Noverraz, tonique directrice du Pays Médoc, la nouvelle entité administrative qui a pour mission de fédérer les énergies et de vaincre le fatalisme d’une population, laissée sur le sable.

Arrivé en 1998, l’inventif Thierry Marx, plus jeune chef étoilé de France, l’un des espoirs pour l’avenir du Médoc, aux commandes du Relais et Châteaux Cordeillan-Bages à Pauillac, évoque pourtant avec passion « cette presqu’île, lieu de sérénité, propice à la création, où l’on possède le goût des bonnes choses, déroutante par sa façon d’unir l’ordre de la vigne avec le désordre du fleuve ».

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En 1922, le groupe Royal Deutch Shell et la maison Deutsch de la Meurthe associés après la création de la Société des Pétroles Jupiter implantaientt une première raffinerie à Pauillac. Elle sera reconstruite plusieurs fois, jusqu’à en faire la plus moderne des trois implantées sur l’estuaire dans les années 1970.

Ravitaillée par oléoduc depuis le terminal du Verdon, elle traitera près de 5 Mt, chaque année, avant d’être condamnée par les chocs pétroliers successifs en 1985, comme les deux raffineries d’Ambès quelques années plus tôt. Dès lors ne demeurait plus qu’un dépôt de produits blancs dont la société Shell France ne cachait pas la mise en vente depuis plusieurs années et dont le trafic s’est étiolé jusqu’à atteindre 450 000 t en 2005 alors qu’il dépassait le million de tonnes cinq ans plus tôt.

Le pétrolier avait fixé à fin 2006 la fermeture définitive du site ou sa cession. Aujourd’hui, bien que rien ne soit totalement arrêté, il semble que la deuxième solution soit en voie de finalisation et que le dépôt connaisse prochainement une nouvelle vie sous de nouvelles couleurs.

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Les unités de production, groupées dans un rectangle de 3 hectares, constituent le coeur de la raffinerie. Elles comprennent notamment : une unité de distillation dans laquelle le pétrole brut est décomposé en éléments (gasoline ou essence légère, naphta ou essence lourde, distillat huileux, résidus, etc) permettant d'aboutir aux produits finis ; une unité de reformage (ou reforming) catalytique qui permet d'obtenir une base pour carburants à haut indice d'octane à partir de naphta ; une unité de craquage (ou cracking) catalytique dans laquelle le distillat huileux est transformé en gaz, essence et gasoil ; une unité fabriquant des bitumes à partir du résidu de l'unité de distillation ; une unité produisant du cumène, matière fondamentale pour l'industrie chimique. Philippe Fournet.

          

           

                       
                   

copyrigths CRDP AC BORDEAUX

                            

Prise de vue mai 1979
Auteur Bardou, Pierre
Droits CRDP d’Aquitaine

 

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Ecologie et Médoc de Pauillac

Il faudrait déjà se mettre d’accord sur les notions de développement et de désenclavement... Nous pensons que le Médoc n’a pas besoin d’être parsemé d’usines et quadrillé de voies rapides ! D’autant qu’en ces temps de dérèglement climatique et de lutte contre l’effet de serre, et en attendant les premiers effets de pénurie des carburants fossiles, on voit bien que l’avenir n’est plus dans le couple autoroute / industrie.

Nous l’avions déjà fait remarquer aux élus du Médoc il y a quelques années: ce n’est pas de l’extérieur qu’il faut attendre un projet miracle qui résoudra les problèmes d’activité économique. Le Médoc doit trouver dans ses propres spécificités (ses ressources, sa culture) les moyens d’assurer son avenir et celui de ses habitants.

Les atouts ne lui manquent pas, mais il faut savoir se tourner vers l’avenir.

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